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L'INDUSTRIE DES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC
par Claudine Auger et Laurent Lapierre

Salon des Métiers d'art

LOGISTIQUE ET ORGANISATION

 

Le Conseil des métiers d’art (CMA) est une entité juridique autonome, tout comme le sont également le Salon des métiers d’art, le Festival Plein Art ainsi que Design métiers d’art qui regroupe les boutiques et les galeries. Indépendantes, ces trois dernières corporations sont affiliées au CMA et partagent avec lui le même conseil d’administration. Ce conseil d’administration unique permet d’intégrer et de gérer de façon complémentaire l’ensemble des mesures prises par tous.

 

Au Salon des métiers d’art, n’expose pas qui veut. Le choix des artisans, explique Yvan Gauthier, a largement évolué depuis une vingtaine d’années: c’est à un comité d’examen que revient la tâche de recommander les participants, guidé par un carnet de nombreux critères d’évaluation qui  ont suscité, à l’intérieur même de la communauté des métiers d’art, des débats majeurs.

 

Le comité d’examen est multidisciplinaire mais comporte obligatoirement une personne de la discipline du candidat. Des critères précis sont définis selon chaque discipline et, comme le dit Yvan Gauthier, il y a derrière ce processus une volonté de protéger la notion de métiers d’art, ces savoir-faire traditionnels longuement acquis par des professionnels:

 

« Il y a un objectif clair de maîtrise d’une technique. Pour  la céramique par exemple, les moules industriels ne sont pas acceptés: l’artisan doit avoir manipulé l’argile, l’avoir cuit, avoir appliqué une glaçure protégeant la couleur […]. Pour le verre, la couleur doit être vitrifiée. Protéger un savoir-faire, des techniques millénaires et assurer l’acheteur d’une qualité uniforme sur les produits proposés au Salon des métiers d’art. »

 

Enflammé, ce défenseur des artisans pousse plus loin la réflexion:

 

« Qu’est-ce que le Salon des métiers d’art, finalement? C’est un marché protégé de plus de 425 créateurs québécois, un événement unique au Québec dans quelque secteur que ce soit. Il n’y a aucune concurrence de produits industriels à l’intérieur du Salon des métiers d’art. En dehors de ce marché protégé, la poterie et la vaisselle créée par des artisans se heurtent aux produits industriels, la vaisselle fabriquée en grande série. Dans une boutique, le client aura du mal à discerner les différences. Le Salon est  un des rares événements des années 1950-1960 à avoir survécu en préservant son identité presque totalement québécoise. Plus de 90 % des créateurs sont toujours des Québécois, contrairement aux autres manifestations culturelles où la présence internationale est devenue pratiquement majoritaire. »

 

Les marchés protégés sont devenus essentiels à la survie des métiers d’art puisque le marché libre propose, sur une même tablette, des objets dont la valeur artistique ne peut se comparer et ne peut être différenciée par les acheteurs. Au Salon des métiers d’art, les critères de présentation sont homogènes: il n’y a que du verre dont la couleur  est  vitrifiée, il n’y a que de la céramique dont la glaçure assure une qualité de production. Chaque discipline respecte ses propres critères de qualité et de maîtrise technique. Ces barrières à l’entrée assurent une qualité sur le travail présenté par les artisans et des inspecteurs, durant l’événement, circulent afin de garantir un contrôle supplémentaire.

 

Mais si le comité d’examen joue un rôle primordial dans la sélection des artisans au Salon des métiers d’art, sa voix n’est plus exclusive comme elle l’a déjà été. Le conseil d’administration, en effet, a adopté une réforme majeure qui a mené le processus de sélection vers un mode plus moderne, adapté à l’évolution du Salon: le comité d’examen fait ses recommandations mais donne aux organisateurs du Salon une marge de manœuvre dans leur gestion qui tient ainsi compte de la qualité des produits mais également de la demande des visiteurs.

 

« Même si le jury a accepté tel artisan, les organisateurs peuvent juger qu’il y a déjà trop d’exposants de cette discipline. Par exemple, si le comité d’examen a accepté 200 bijoutiers […], il faut faire un tri: le Salon ne peut être composé de 80 % de bijoutiers. Une certaine variété est nécessaire à la rentabilité de l’événement. À l’inverse, si le comité d’examen devient trop sévère et considère que seulement 232 exposants méritent un  stand, ce n’est pas assez comme nombre, le Salon ira vers la faillite […]. »

 

Outre ces deux éléments majeurs de logistique, soit attirer et satisfaire les visiteurs et permettre au Salon une viabilité économique, il est également déterminant d’assurer un certain bien-être aux exposants du Salon des métiers d’art. Toutes décisions prises lors de l’organisation du Salon tiennent compte de ces trois paramètres.

 

La satisfaction des artisans est influencée, entre autres, par l’emplacement de leur stand, facteur stratégique. L’emplacement a longtemps été assigné selon l’ancienneté des artisans, une sorte de droits acquis. Mais outre le fait que « des exposants qui étaient toujours au même endroit, c’est mortel pour le marketing », l’arrivée importante de nouveaux artisans a créé des tensions. Depuis, un tirage au sort détermine le premier artisan qui pourra faire son choix d’emplacement. Yvan Gauthier poursuit sur cette politique de gestion originale :

 

« Ici, ce n’est pas l’organisateur du Salon qui impose, comme dans tous les autres salons, l’emplacement des exposants. Ce sont eux, après tirage au sort, qui choisissent leur emplacement: si tu es le 200e à être pigé, tu as le 200e choix […]. Et comme les ‘anciens’ exposants éprouvaient un certain malaise, se retrouvant parfois à la fin des choix, nous avons élaboré un système compensatoire à partir  des coupons lors des tirages au sort: un coupon par 50 pieds carrés de location et également un coupon supplémentaire pour chaque période de dix ans de participation, en gage de fidélité. »

 

L’emplacement des  stands est donc basé sur le tirage au sort, lui-même relatif au nombre de coupons de chaque exposant. Il existe néanmoins certains zonages pour des projets spéciaux, comme des projets dans le monde de la mode ou les produits de saveurs de production artisanale. Parfois, certaines zones peuvent regrouper des exposants d’une région, comme ceux des Iles-de-la-Madeleine qui ont leur section réservée. Ces espaces spécifiques sont créés dans l’intention de mettre en valeur les nouveautés et d’éveiller l’intérêt des visiteurs. Chaque année, les projets spéciaux sont étudiés avec les exposants, mais c’est le conseil d’administration qui prend la décision finale.