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L'INDUSTRIE DES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC
par Claudine Auger et Laurent Lapierre

Salon des Métiers d'art

PETITE HISTOIRE (2)

En 1968, la réforme scolaire du rapport Parent a complètement freiné cet élan et bouleversé l’univers alors bouillonnant: les écoles de métiers ont été abolies. Disparus, l’Institut des Arts appliqués, l’Institut des Arts graphiques, l’École des Beaux-Arts. Toutes ces formations étaient désormais à la charge des cégeps et des universités. Malheureusement, les universités offraient très peu de formation manuelle alors que, dans les cégeps, quelques années seulement après la réforme, les formations en métiers d’art avaient été oubliées. À partir de cette époque et durant une vingtaine d’années, il n’y aura aucune formation en métiers d’art dans le système d’enseignement public.

 

Une réalisation, par ailleurs, a réussi à survivre: le Salon des métiers d’art. Institué et fondé par Jean-Marie Gauvreau, le premier Salon des métiers d’art a eu lieu en février 1955, au Palais du Commerce de Montréal  C’était La Foire de l’artisanat, avec environ trente-cinq stands, et les artisans y vendaient la production de leurs travaux faits à la main.

 

À partir de l’année suivante déjà, le Salon se tient avant la période de Noël et sera plus rentable pour les artisans. Jusqu’en 1967, le Salon se tient au Palais du Commerce et connaît une expansion croissante. La grande exposition universelle de Montréal, Expo ’67, a modifié la cadence alors que les artisans se sont installés dans le pavillon du Québec, jouissant ainsi d’une visibilité internationale. Après cet intervalle de deux ans où les artisans ont tout de même exposé dans la station de métro Berri-Demontigny (rebaptisée Berri-UQAM) avant Noël, le Salon déménage en 1970 à la Place Bonaventure et les créateurs des quatre coins du Québec s’y donnent encore rendez-vous chaque année.

 

Durant les années 1970-1980, profondément marquées au Québec par une recherche identitaire et par un retour à la tradition, le travail des artisans a reflété cette tendance. Yvan Gauthier y va de ses souvenirs de l’époque:

 

« Les artisans ont développé, dans leur atelier, des reproductions de meubles anciens, de poteries anciennes, de vêtements anciens […] avec quelques pointes de création, mais, disons-le, marginales. Alors le Salon a atteint, à la fin des années 1970, un taux de fréquentation fabuleux! On parle de 400 000 visiteurs! C’est absolument phénoménal. Il n’y a pas un salon aujourd’hui, aucun salon au Québec, qui a atteint ces niveaux de fréquentation, à part le salon de l’auto ou celui de l’habitation. Rétro, poétique, identité nationale […]; c’était même politique, et René Lévesque venait souvent à l’ouverture du Salon. Pauline Julien y était pour chanter. C’était une symbiose de la redécouverte de l’identité québécoise.Mais les années 1980-1990 ont été catastrophiques, parce que le Québec s’est ouvert davantage sur le monde, avec des produits d’art étrangers venant de l’Italie, des pays scandinaves, et la fréquentation a chuté à 55 000 visiteurs par année. Une baisse vertigineuse. »

 

Évidemment, plusieurs ateliers de production traditionnelle ont fermé leurs portes. Il y a lentement eu un mouvement de conversion de certains ateliers en production plus contemporaine, mais la transition a été très difficile puisqu’il n’y avait plus d’école de métiers d’art qui auraient pu soutenir la démarche. De nouveau, Yvan Gauthier précise:

 

« Le choc a été majeur et la récupération, extrêmement longue. Puisqu’il n’y avait plus de formation, c’est l’immigration qui a pu contribuer à maintenir les métiers d’art: beaucoup d’artisans immigrants ont contribué à maintenir les métiers d’art à un niveau intéressant. Par exemple, à fin des années 1980, selon certains avis, sur 30 des meilleurs joailliers du Québec, 26 étaient d’origine française. Avant le début d’apparition de nouvelles écoles, vers 1989, nous avons eu des années absolument terribles pour les métiers d’art dont la perception était particulièrement mauvaise, car le professionnalisme ne se distinguait plus de l’amateurisme, véhiculant une association très péjorative (il y en a encore d’ailleurs quelques traces aujourd’hui) avec l’artisanat granola. »