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L'INDUSTRIE DES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC par Claudine Auger et Laurent Lapierre Enjeux
FORMATION
Jusqu’à il y a un siècle à peine, l’unique manière de devenir maître-artisan était la voie traditionnelle et fort ancienne: faire son apprentissage. Le XXe siècle a vu se développer une structure plus ou moins solide qui permettait aux jeunes qui en avaient l’aspiration d’explorer leurs talents d’artisans.
À l’heure actuelle, les États-Unis ont réussi à élaborer des programmes universitaires de métiers d’art qui permettent la rencontre des étudiants aspirants avec nombre d’artistes, de designers et de maîtres-artisans, faisant découvrir aux jeunes la connaissance des gestes et des matériaux du métier de leurs aînés. En fait, les États-Unis sont un des seuls endroits au monde où les métiers d’art figurent au programme universitaire: 124 universités donnent des maîtrises en métiers d’art (contre une seule dans tout le Canada). Du point de vue d’Yvan Gauthier, directeur général du CMA, d’ici une dizaine d’années, les États-Unis auront une forte expertise des métiers d’art et une place enviable dans ce domaine parce qu’ils auront investi énormément dans la formation d’artisans et d’artistes de très haut niveau.
Ici, au Québec, alors que les décennies du milieu du siècle dernier avaient été bouillonnantes, le creux des années 1970 et 1980 a fait perdre beaucoup de chemin quant à la formation et à la relève en métiers d’art. Avec la révolution tranquille et le rapport Parent, les écoles spécialisées en art ont été abolies. Les métiers d’art ont été privés pendant vingt ans de tout enseignement dans le système public. Toutefois, le milieu a pu survivre grâce à l’immigration de maîtres-artisans étrangers, des Français en l’occurrence, relate le directeur du CMA qui ajoute même que ce n’est que depuis le milieu des années 1990 qu’une relève d’artisans commence à poindre, portant avec elle une vision contemporaine de l’objet.
Il y a quelques années, selon les données du Recensement de 1991, le comité infrasectoriel du Conseil des Ressources humaines du secteur culturel du Canada [1] sur les arts visuels et les métiers d’art a produit une étude sur les besoins et priorités en matière de développement des ressources humaines dans le secteur culturel [2] . Cette étude peut évidemment ouvrir la porte à plusieurs pistes de réflexion, même si la conclusion fondamentale reste évidente: les artisans ont besoin d’être formés et de continuer à se perfectionner, ce qui nécessite un soutien concret et structuré.
L’étude met en lumière quelques caractéristiques principales touchant la main-d’œuvre dans les arts visuels et les métiers d’art. Entre autres, la majorité de ces personnes, travailleurs autonomes, ne bénéficient d’aucune protection d’emploi ni d’aucun des avantages minimums dont profitent les autres travailleurs (vacances, congés maladie, assurance-chômage, pensions, assurance-santé, etc.). Ce même statut de travailleur autonome les prive, en général, de l’aide à la formation que les gouvernements offrent par l’intermédiaire des employeurs. Pour les artisans, être à son compte signifie financer soi-même son perfectionnement professionnel: ils doivent trouver non seulement l’argent mais aussi le temps pour suivre des cours ou participer à des ateliers et des séminaires.
En plus, les revenus ont tendance à être moindres que dans les autres secteurs culturels et sont variables d’une année à l’autre. Par ailleurs, les artistes et artisans sont instruits et détiennent généralement un diplôme postsecondaire dans les beaux-arts, mais les artisans considèrent comme une lacune importante le manque d’occasions de formation et de perfectionnement. Ils soulignent aussi que des cours sur les arts et leur appréciation dès l’enseignement primaire sensibiliseraient les prochaines générations et favoriseraient la relance des ventes dans ce domaine.
Il semble que, pour les artisans, le meilleur apprentissage soit celui acquis par l’expérience; les programmes de mentorat, de stages et d’apprentissages tant à court terme (perfectionnement d’aptitudes spécifiques) qu’à long terme sont favorisés. Les programmes de ce genre doivent être plus nombreux.
Finalement, les artisans, à titre de travailleurs autonomes et gérant leur atelier et parfois quelques employés, auraient avantage à développer leurs aptitudes pour les affaires par des programmes de formation portant sur la gestion d’une petite entreprise, le marketing et la gestion de la propriété intellectuelle. Des connaissances pointues sur le marketing international est un atout non négligeable, considérant le fait que l’écoulement des œuvres d’art et de métier d’art canadien sur les marchés étrangers représente un important débouché économique.
[1] http://www.culturalhrc.ca/french/bienvenue.htm
[2] Rapport du comité infrasectoriel du CRHSC sur les arts visuels et les métiers d’art, www.culturalhrc.ca/french/documentf/subsect/vacraff.htm 
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