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L'INDUSTRIE DES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC par Claudine Auger et Laurent Lapierre Salon des Métiers d'art
PETITE HISTOIRE (1)
Les métiers d’art québécois, tels qu’on les connaît aujourd’hui, s’alimentent de plusieurs terroirs: l’immigration d’artisans européens bien formés par les écoles d’art, les diplômés des Beaux-Arts et aussi bon nombre d’autodidactes et d’artisans provenant de milieux ruraux.
À cet égard, dans les campagnes du Québec, il existe dès 1915 les Cercles des Fermières, célèbres regroupements féminins, qui se développent rapidement dans ce milieu rural. Plus tard, dans le bouillonnement des villes naissantes, l’École des Arts domestiques de Québec est fondée en 1929 et dirigée par Oscar Alphonse Bériau. Jouant aussi un rôle dans la diffusion de l’apprentissage de l’artisanat, des couvents de religieuses et des écoles ménagères dispensent un enseignement aux jeunes filles et aux femmes désirant approfondir les techniques du filage, du tricot, de la broderie, du tapis crocheté, de la catalogne, du fléché et du tissage. Évidemment, la transmission du savoir-faire de mère en fille s’accroche à la tradition. En fait, l’art paysan demeure une activité essentiellement féminine et rurale, et son produit est destiné avant tout aux besoins de la famille, même si quelques comptoirs d’artisanat, petites boutiques de vente de travaux « à la main », agrémentent les touristes en visite estivale dans de pittoresques villages. Pour ces femmes de milieux ruraux, c’est une activité lucrative.
En 1929, un jeune homme prometteur revient de l’École Boulle de Paris et ce retour au Québec est assombri par la crise économique qui sévit à ce moment-là. Dans ce contexte socio-économique et culturel difficile des années trente, Jean-Marie Gauvreau [1 ], devenu fonctionnaire au ministère provincial de l’agriculture et de l’artisanat (secteurs jumelés à l’époque), prône la revalorisation de l’artisanat afin de remettre au travail toute une classe sociale qui vit dans le chômage et la pauvreté. Déjà, un grand projet a pris forme dans l’esprit de Jean-Marie Gauvreau qui, toute sa vie durant, travaillera à mettre en valeur la vocation artisanale, à revendiquer la formation d’une main-d’œuvre qualifiée, à valoriser les ateliers régionaux, à défendre l’autonomie financière des artisans et à promouvoir le développement commercial de l’artisanat.
Fervent défenseur de l’artisanat québécois, Jean-Marie Gauvreau a été professeur à l’École Technique de 1930 à 1935, directeur de l’École du Meuble de 1935 à 1957 et directeur de l’Institut des Arts appliqués de 1957 à 1968 [2]. Durant sa carrière, il publiera de nombreux ouvrages, s’engagera dans plusieurs fondations et contribuera à la réalisation de plusieurs films sur les artisans. Il cherchera également à organiser et à stimuler l’artisanat « masculin », très conscient que la situation d’alors concernant l’apprentissage et la production lucrative d’artisanat est essentiellement féminine.
Ainsi, durant près de quatre décennies, les artisans ont vu s’ouvrir à eux, par l’établissement d’un programme d’études complet offert par l’École du Meuble, qui devint par la suite l’Institut des Arts appliqués, une formation pertinente de plus en plus solide qui les préparait à des carrières industrielles et artistiques. Selon le directeur du CMA, l’École du Meuble a été une institution majeure que de nombreux artistes québécois de grand talent ont fréquentée.
[1] Les informations concernant l’œuvre de Jean-Marie Gauvreau sont tirées de: Hommage à Jean-Marie Gauvreau, par Andrée-Anne de Sève, présenté par le Conseil des métiers d’arts du Québec, 1995. [2] Ces trois écoles ont été, en fait, l’évolution d’une seule et même, l’Institut des Arts Appliqués, remontant à 1930 alors qu’une section d’ébénisterie s’ouvrit à l’École Technique de Montréal. La profession de l’ébéniste tenant beaucoup plus de la formation artistique que des disciplines scientifiques requises par d’autres corps de métiers, le programme des études en ébénisterie se modifia peu à peu, jusqu’à former une division propre qui devint l’École du Meuble, incorporée en 1937. En 1958, l’école changea de nom pour l’Institut des Arts appliqués, avec la mission d’ouvrir la voie
aux jeunes artistes qui, hésitant à se diriger vers cette « industrie », cherchaient un enseignement complet, allant de la technique jusqu’aux arts décoratifs, en passant par la menuiserie d’art, l’ébénisterie, la sculpture sur bois, la décoration d’intérieurs, la garniture, la finition, la céramique et le tissage.

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