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L'INDUSTRIE DES MÉTIERS D'ART AU QUÉBEC par Claudine Auger et Laurent Lapierre
L’artisan et ses lointaines origines
PARTIE 1
D’aussi loin qu’il s’en souvienne, l’être humain, créature organisée socialement, a connu ses artisans, talents artistiques assurant un élan créateur à la communauté. Ainsi, il y a des milliers d’années, l’homme préhistorique, enfoui bien au chaud dans sa caverne enneigée, profitait des temps rigoureux et froids pour se remémorer et inscrire à jamais ses chasses au mammouth sur les murs de son modeste logis. Toutes les civilisations sentirent ce besoin profond et manifeste d’enraciner et de matérialiser leur sens esthétique, de représenter leur quotidien, leur vécu ou leur imaginaire, de créer des objets qui dépassaient la seule fonction utilitaire. Les artisans d’époques lointaines, Assyriens, Égyptiens, Grecs, Romains, Orientaux et d’autres cultures légendaires, fabriquèrent des paniers, des vases, des poteries, des ustensiles divers, des pièces d’orfèvrerie, travaillèrent les peaux, tissèrent et brodèrent leurs vêtements, sculptèrent des outils et décorèrent leurs demeures de mosaïques magnifiques.
Les civilisations ont rapidement cherché à distinguer les objets utilitaires des objets d’apparat travaillés avec une minutie soucieuse et artistique, destinés aux dieux, aux temples, aux palais. Objets de mystère, rites sacrés, certaines techniques artisanales furent jadis réservées à une élite élue et protégée par les divinités: le travail du forgeron était un art des ténèbres, alors que l’affinage des minerais de la terre s’imposait dans une métamorphose surnaturelle.
L’artisan[1] transmettait son savoir à ses enfants ou l’enseignait à des jeunes qui entraient en apprentissage chez lui afin d’apprendre les rudiments du métier durant de longues années, pour devenir « compagnons ». Plus tard, ils auraient enfin la possibilité de se distinguer par leurs œuvres et de devenir maîtres à leur tour. La fabrication des objets de luxe liés aux cultes et aux cérémonies demeurait souvent le privilège jalousement gardé par des familles ou des clans très fermés, noyaux de célèbres guildes médiévales.
Exposé aux forces habituelles du commerce, l’artisan a depuis longtemps cherché à s’organiser: selon les traces historiques qu’il en reste, les premières organisations d’artisans dateraient de l’époque romaine mais se seraient définitivement implantées vers le Xe siècle. Alors qu’émergeait une nouvelle classe sociale, soit une classe moyenne composée principalement de commerçants (les fabricants), a dû réagir à cette croissance: les villes se sont dotées d’un système de guildes, consistant à mettre en place des normes pour les artisans et les commerçants. Ainsi, tous les cordonniers, par exemple, appartenaient à la guilde des cordonniers et étaient installés dans le même quartier, vendant tous leur marchandise au même prix, soit le « juste prix » établi par la guilde. De plus, chaque guilde de métier déterminait la quantité et la qualité des biens produits et veillait à faire respecter les hiérarchies entre apprentis, compagnons et maîtres.
[1] Pour plus détails sur l’histoire des artisans, visitez les sites suivants:
http://www.sasked.gov.sk.ca/docs/francais/fransk/schumaines/9e/unite2/feuilleb12.html
http://www.civilization.ca/arts/bronfman/historyf.html
www.metiers-d-art.qc.ca/cma/historique.html

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